Carthage fut salée dans la légende, puis reconstruite en toute discrétion. Rome rasa la cité punique en 146 av. J.-C., mais en moins d'un siècle, Auguste fonda une colonie romaine sur les mêmes collines, et au deuxième siècle, elle figurait parmi les plus grandes villes de l'empire. Ce qui survit aujourd'hui est stratifié plutôt qu'unique : des stèles tophet puniques sous des citernes romaines, des basiliques byzantines côtoyant des murs de village de l'époque ottomane.
La zone archéologique moderne s'étend sur une douzaine d'enclos distincts — la colline de Byrsa, les thermes d'Antonin, le théâtre romain, les ports puniques, les villas romaines. Il ne s'agit pas d'un monument unique fermé, mais d'une banlieue où les ruines sont imbriquées, c'est pourquoi le site est accessible via un pass multi-sites de 15 TND par personne plutôt que par des billets d'entrée individuels. La colline de Byrsa abrite la citadelle où la Carthage punique fit sa dernière résistance ; les thermes d'Antonin, commencés sous Hadrien et achevés vers 162 apr. J.-C., étaient le troisième plus grand complexe thermal du monde romain, leurs colonnes survivantes épousant encore le rivage. La plupart des voyageurs effectuant des excursions d'une journée depuis Hammamet, Tunisie, atteignent ces enclos en autocar le long du golfe de Hammamet, une heure et quart à travers les terrasses d'oliviers et les marais salants avant que les ruines n'apparaissent.
Sidi Bou Saïd, dix minutes plus au nord, fait office de contrepoids. Le village perché doit son ordonnance de chaux et de cobalt au baron Rodolphe d'Erlanger, qui, en 1912, convainquit les autorités de fixer la palette ; la règle est respectée depuis plus d'un siècle, expliquant pourquoi ce bleu est uniforme et non le fruit d'un hasard pittoresque. Sous les terrasses, la baie de Tunis offre la même ligne de vue que celle utilisée par les navigateurs puniques pour guider leurs navires dans le port militaire circulaire.
La Médina de Tunis, site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1979, complète l'arc. Environ 700 monuments peuplent ses ruelles — la mosquée Zitouna, fondée en 698 apr. J.-C., les souks des parfumeurs et des chéchia, les palais ottomans servant désormais de musées. Le Bardo, installé dans un palais beylical du XIXe siècle à la limite ouest de la capitale, conserve la plus importante collection de mosaïques romaines au monde, dont une grande partie provient des villas de Carthage elle-même. Les visites guidées de Carthage depuis la côte permettent généralement d'en enchaîner deux ou trois, ce qui constitue la logique même des excursions d'une journée à Hammamet, Tunisie : l'ancien port, le village bleu et la capitale fortifiée se situent à moins de trente kilomètres les uns des autres, et aucun d'entre eux ne s'explique seul.